La canne et sa vieille main

truite fario

La canne et sa vieille main

Il était une fois une canne, souvent sollicitée par son pêcheur, une vieille main comme on dit. Cette canne a la particularité d’avoir une âme, et son carbone cache en son cœur, entre les entretoises qui la composent, la sensibilité que sa vielle main lui a toujours offerte, son sens du partage et bien sûr ses réflexions.


Je me sens bien, entourée par cette vieille main, ferme et douce en même temps, elle qui m’a fait voyager un peu partout, et avec laquelle nous avons fait de nombreuses rencontres. Parfois, la vieille main me laissait pour une autre, tout comme la mienne, ferme et autoritaire. Mais avec d’autres, je sentais plus de fébrilité, de timidité, n’osant pas me demander ce que je savais faire.


Que c’était agréable toutes ces escapades dans la nature, les ruisseaux nous gardant au frais, nous berçant parfois à l’ombre d’un saule, de son clapotis et de ses murmures, le vent lui répondant dans les frondaisons en faisant vibrer les feuilles. Un concert perpétuel et toujours différent. Nous étions vraiment bien ensemble, comme un couple ayant suivi un même chemin pendant des années.


Les saisons s’écoulaient tranquillement… Lorsqu’un jour, une nouvelle canne vint prendre place à mes côtés. Elle est belle, jeune et fougueuse, pleine de vie et d’envie de découvrir. Ce que je ne savais pas, c’est qu’elle était ma concurrente, la vielle main prenant maintenant cette canne et m’oubliant au fond du placard en compagnie d’autres.


Mon tour est donc arrivé, je suis trop vieille, je n’entends plus le concert de la vie, je ne vois plus les rayons du soleil qui nous réchauffait en début de saison. Lui qui nous promettait une belle partie de pêche le long des dorons coulant dans les prés, et nous enchantait de toutes ces truites qui venaient happer nos sauterelles, la vieille main savait bien les prendre. Truites, sauterelles et moi, nous formions un trio indissociable.


Je me résignais donc à mon triste sort, le cœur lourd, je ne verrai plus toutes ces consœurs que nous rencontrions au bord de l’eau, quand à l’heure du casse-croute, nous étions toutes posées les unes à coté des autres, pendant que nos mains passaient un moment convivial avec les amis. Il ne me restait que mes souvenirs, j’avais peur de les oublier au fil des ans, et n’ayant plus rien, je me laisserai mourir.


Les saisons passèrent, mes souvenirs s’estompaient de plus en plus. Je ne voyais plus de lumière, seulement quand la main ouvrait le placard, je décidais donc de ne plus penser à toutes ces joies passées, je ne redeviendrai que matière, un simple morceau de carbone dans un placard.
Commence alors une lente dégradation de l’esprit, n’ayant plus d’espoir pour le futur.


Mais un matin, la vieille main me prit, en compagnie de la nouvelle. Je ne suis pas vraiment en pleine forme et j’ai besoin d’une bonne toilette. La vielle main me bichonne comme aux premiers jours. Je sens dans ces caresses toute la nostalgie de notre passé, tous les souvenirs que je pensais oubliés me reviennent à toute vitesse dans mes entretoises. Je vais de nouveau sentir tous ces parfums, le buis, l’herbe humide, le sous-bois, la roche chaude, bon dieu que c’est agréable !


Nous voici arrivés, je suis ivre de senteurs, de sons et d’embruns ! Il y a très longtemps que je n’avais pas eu cette sensation, au bord de ce ruisseau que je connais par cœur.


La vielle main emboîte mes éléments, me voici prête pour le grand retour. Mais elle me quitte, et je sens une nouvelle main, jeune, hésitante, me prendre avec un respect et une joie peu commune.


La partie de pêche débute de manière timide, cette jeune main douce n’est pas très expérimentée, et je sens parfois la vielle main la guider…


De sorties en sorties, la vielle main guide de moins en moins. Je ne sens plus que son contact juste avant de partir, en sortant du placard.


Je commence à me faire à cette nouvelle main. Mais elle aussi doit se faire à moi, et ses gestes sont de plus en plus précis, plus fermes et autoritaires.


Un soir, en rentrant d’une partie de pêche, la vieille main ne vint pas me chercher. Je ne sentirai plus son contact…


Je pars dorénavant toujours avec ma nouvelle main, qui prend vraiment grand soin de moi, me caresse, me parle, me crie après lorsque tout ne fonctionne pas, écoute les souvenirs des conseils de la vieille main. Car cette dernière, j’ai oublié de vous le dire, a aussi été maladroite à ces débuts.


Et pourtant, je vous assure que si je pouvais donner à cette nouvelle main tout ce que j’ai appris avec la vieille, ce jeune pêcheur en connaîtrait, des secrets ! Car même après plusieurs saisons de placard, je n’ai rien oublié…


Mes amis les pêcheurs, la vie est trop belle en votre compagnie, sachons garder ce que nous avons, que je puisse encore sentir de nouvelles mains me prendre et me guider au creux de cette liberté qui s’appelle nature.


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