Pêche au toc en altitude

LE TOC EN RUISSEAUX ET TORRENTS D'ALTITUDE

Montagne enneigée Ariègeoise

Je vous propose de prendre un peu de hauteur et de découvrir la pêche au Toc en ruisseaux et torrents d'altitude, et de vous la décrire comme je la conçoit. Je la pratique surtout dès les beaux jours lorsque il n'y a plus ou peu de neige à haute altitude. A mon sens, une pêche sportive au vrai sens du terme car elle nécessite de la marche en terrains pentus et relativement accidentés. Plus un état d'esprit qu'une technique à part entière, elle permet de se déconnecter totalement de notre petit train train quotidien, de faire de l'exercice physique tout en prenant un immense plaisir à pratiquer la pêche, en somme de recharger les batteries à bloc ! Pour se faire il va falloir s'éloigner un maximum, selon les possibilités de chacun, de tout ce qui nous lie à notre société avec tout ce que celle ci nous inflige comme désagréments : le bruit des villes , les pollutions , les gens pressés , le stress , les parties de pêches dans des rivières malodorantes de plaine ou piémont avec bien souvent en guise de poissons « trophées » des truites sur-densitaires de lâchés.

La Préparation: 

Plus nous monterons en se rapprochant des sources et plus nous nous« ressourcerons », pour cela il va falloir quitter l'étage collinaire, dépasser l'étage montagnard ou l'on trouve encore des petits villages, hameaux et Mas de ci de là, pour atteindre l'étage subalpin (1500-2000 mètres d'altitude selon la géographie), et pourquoi pas pour les plus sportifs, l'étage alpin. La moyenne à haute montagne est un milieu, si enchanteur soit-il, rustique et rude parfois et il convient de préparer à l'avance sa partie de pêche. Sur une carte IGN, vous pourrez choisir le lieu de votre partie de pêche et à l'aide d'outils internet tel Géo Portail, peaufiner vos recherches en accédant à des infos plus précises comme des images satellites, des vue en 3D et des photos vous donnant un petit aperçu du relief, de la végétation, du
dénivelé et enfin l'indication des pistes et sentiers aux alentours. Bien entendu, il ne s'agit pas de jouer les Indiana Jones et de se perdre dans la montagne, il est préférable au début de choisir un cour d'eau qui sera accessible facilement en quittant un sentier bien identifié qui lui même sera accessible en quittant le dernier petit village, hameau ou Mas là-haut perchés sur les hauteurs que vous aurez atteintes en voiture par la route ou éventuellement une piste carrossable. A ce propos, avant de s'engager sur une piste il faudra préalablement s'être renseigné si elle est réellement praticable. Quelques 2-3 jours avant, il est souhaitable de s'informer sur les prévisions météorologiques. Il faudra se lever très tôt donc il est conseillé de préparer tout son matériel la veille et l'avoir déjà en partie rangé dans votre véhicule. N'oubliez pas votre boite d'appâts resté toute la nuit dans le Frigo ! Préparez votre sac à dos avec tout le nécessaire, thermos avec café (boisson énergétique ou tisane énergétique, et oui ça existe aussi !!) , et une glacière sera bien pratique pour transporter votre eau fraîche pendant la route, puis pour éventuellement y garder quelques truites à votre retour l'après-midi. Personnellement je prend toujours quelques pains de glaces « Freez » dont 1 ou 2 que j'emporte dans mon sac à dos dans un sachet plastique, ça permet de bien conserver les truites (à midi si la glace a fondu, pendant le casse-croûte plongez vos poissons dans le torrent), certes c'est moins beau que le panier artisanal en rotin, mais imaginez un peu, en été, les premières truites pêchées le matin et restées dans un panier jusqu' au retour à la voiture à 17h ou 18 h … Enfin, vous éviterez les soirée festives, il faut se coucher tôt pour être en forme, ainsi tous vos sens n'en seront que plus éveillés et vous profiterez au mieux de la beauté du spectacle qui s'offrira à vous.

Équipement et petit matériel:

Inutile de s'encombrer avec du superflus. Généralement à ces altitudes, les cours d'eau sont pêchables du bord, une bonne paire de chaussures de rando suffisent, la marche en sera plus agréable et l'on trouve toujours le moyen de traverser quelques part s'il fallait changer de rive. Je suis fâché depuis quelques temps avec les gilets, trop amples en été sur un Tee Shirt, trop serrés en hiver sur la grosse veste, des poches à ne plus savoir ou l'on y met les choses...etc. Solution facile et pas chère : la banane ! 3 grandes poches suffisent à y mettre le nécéssaire pour le Toc : le permis de pêche, une lancette si vous pêchez à la FI, une boîte de plombs mous ou des recharges de N°7 à 4, une pince à plombs de type « Stonfo » (conseillé pour les édentés) et bien pratique sur les plombs mous qui ne le sont pas tant que ça, quelques guides fils fluos de type « fiquet » (les plus petites tailles suffisent) , vos hameçons de tailles et formes
différentes selon les appâts, une bobines de fil pour le bas de ligne ou pour les plus fainéants des pochettes d'hameçons montés. Il reste encore de la place dans la banane pour un APN et une pince multifonctions et même une boite de teigne vide qui pourra vous servir le cas échéant à conserver
quelques larves récoltées sur place et conservées dans un peu de mousse en plus de vos vers et très bien aussi pour garder des sauterelles. Pour les Vers et teignes, je trouve très pratiques les boites ventrales qui se clipsent à la ceintures et à 2 compartiments qui permettent un changement rapide d'appât, l'avantage par rapport à un sac à appât classique c'est qu'en un clin d’oeil on peut sélectionner un ver plus petit, plus gros, un rouge ou un noir...Pensez aux classiques couvre-chefs, bonnets pour le froid, casquettes ou chapeaux pour le soleil et sous la chaleur. A noter, il existe des chapeaux en laine d'Alpaga qui protègent du froid mais aussi du soleil sans faire transpirer, la laine 100% Alpaga isole aussi bien du froid que du chaud. Enfin, une paire de lunette polarisante à 30 Euros suffisent bien souvent à protéger des UV et vous donner entière satisfaction si vous êtesadepte des sensations fortes que procure la pêche à vue.

La canne : 

Le type et la longueur seront fonction surtout des préférences de chacun et de la façon de pêcher. Je dirais qu'une fourchette comprise entre 3,60 M et 5,00 M sera correcte, 3,60 si l'on aime bien lancer, 5,00 M si on aime pêcher sous la canne et se tenir un peu à distance. En altitude les cours d'eau sont dégagés, fini le « Farnat » des étages bas, les quelques pins à crochets, sylvestres, épicéas à proximité et les pelouses Alpines ne gênent pas l'action de pêche, donc une Fil Intérieur ne s'impose pas spécialement. Cependant, qu'elle soit à anneaux extérieurs, télé-réglable ou FI, elle sera plutôt rigide et d'action de pointe. Évitez les paraboliques ou autres progressives pas
adaptées à ces lieux. Nous pêchons là des cours d'eau réduits, (Photo2) sur une vasque un peu grande, une truite prise en fin de vasque pourrait en alerter une caché devant sous la cascade ou le gros bloc, il faut donc la sortir d'autorité. De même, il faut pouvoir contrer une grosse truite sur un coup réduit avant que la flexibilité d'une canne parabolique, par exemple, lui laisse de la marge pour aller se caler sous une bordure. Personnellement, je n'utilise plus de télé-réglables que je trouve lourdes et inconfortables, je pratique ces lieux avec une FI de 3,60 ou une Anglaise de 3,90 mais d'action de pointe.

Le moulinet : 

Une réserve de fil comme les Ritma 72, Protec 51/61, de chez Perlees Bam suffisent largement. Les lancers sont courts , très courts parfois, les moulinets à tambour fixe ne s'imposent pas à moins d'opter pour la lourdeur à fin d'équilibrer une canne par exemple. Il sera garni d'un nylon fluo, un 14% est, je trouve, un diamètre offrant un bon compromis entre résistance, finesse/discrétion et bonne glisse. Pour ma part, j'utilise le plus souvent un moulinet semi automatique à gâchette de type mouche adapté pour le Toc, comme le Vivarelli ou le Ritma 80. Ces moulinets permettent de la rapidité dans l'action de pêche et un meilleur confort tout comme les moulinets à talon (Delta, Vivatoc) qui équipent les FI de ceux qui ne jurent que par ce couple.

Le bas de ligne : 

Il sera d'un diamètre inférieur au moins de 2% par rapport au corps de ligne, unnylon classique « clear » de bonne facture fait l'affaire, mais rien ne vous empêche dans un désir de recherche de la perfection, de faire comme certaines fines Gaules, adapter la couleur (gris, vert) en fonction du fond et de l'état des eaux. Personnellement, je ne descend jamais en dessous du 12%.
Comme dit plus haut, il faut sortir des poissons d'autorité avec des cannes plutôt rigides, de plus les nylons s'usent plus vite (frottement sur les blocs) dans ces milieux et il ne faut pas sous estimer la capacité de certains torrents à héberger de très beaux sujets. D'une longueur de 30 à 40 cm, il sera relié au CDL soit par un noeud, baril par exemple, boucle dans boucle, ou par un micro émerillon baril (N°30-32). 2 écoles, ceux qui ne jurent que par l'émerillon et ceux qui s'en passent, il a l'avantage de réduire le vrillage du CDL, ce qui est surtout vrai et gênant en rivière sur des lancers plus long. Je n'en met pas car je n'hésite pas régulièrement dans une saison, à couper 4-5 mètres de nylon. De plus le guide fil se plaçant au dessus de l'émerillon, dans certains cas sur des BDL plutôt longs de 40-50 cm par exemple, on ne pourra pas le descendre si on veut son guide fil au raz de l'eau sur des coups de 30 cm de hauteur d'eau, alors qu'un noeud n'empêche pas le coulissage du guide fil. L'expérience de chacun guidera son choix. Pour les hameçons, comme d'habitude, adaptés aux appâts. Pour les vers, que j'utilise assez souvent en toute saison, j'ai totalement abandonné les « spécial vers » recourbés, j'utilise des N°10 à 12 à tiges longues et droites et j'ai de meilleurs résultats.


Pour la plombée, pas de panique ! Il n'y a pas vraiment de schéma type et inutile de se torturer l'esprit. Des plombs N°7 à N°4 suffisent. Toutefois quelques règles de base : Elle sera regroupé et plutôt légère dans des eaux maigres, regroupée mais plus lourde dans des eaux plus fortes , enfin pour pêcher des vasques ou marmites plus calmes et profondes (plutôt rare en altitudes) étalez la avec le plomb de touche plus haut, la truite ayant plus le temps d'observer et d'analyser l'ensemble.
Ci dessous un genre que j'utilise souvent et adaptable à volonté :

Je l'utilise souvent comme base avec 3 plombs N°6 que j'adapte ensuite en fonction du débit, de la profondeur, de l'humeur des truites. On peut alléger par exemple avec un N°7 en plomb de touche, puis un N°7, puis un N°6 ou 7---6--6 et alourdir en rajoutant un N°5 un centimètre après le dernier plomb. J'ai plutôt tendance à surplomber, ce qui me permet je trouve, de pêcher plus de coups avec une même plombée en adaptant la tenue de la canne et de la ligne. Je prend toujours quelques chevrotines de 2 à 4g, et je n'hésite pas à en pincer une, 15 à 20 cm au dessus de la plombée iniciale pour pêcher l'écume d'une bonne petite marmite bouillonnante. Il n'est pas rare en été de piquer des belles qui se tiennent là. Certes, ce n'est pas le fin du fin de la pêche, mais le but n'est il pas de
prendre du poisson ?.

L'action de pêche : Arrivé au terminus de bonne heure avec votre voiture prenez soin de vérifier que vous emportez bien tout le nécessaire, il serait dommage après une heure de marche ou plus, de vous apercevoir que vous avez oublié des choses essentielles qui pourraient compromettre votre partie de pêche. Cela fait maintenant un bon moment que vous marchez sur un sentier en sous bois surplombant le torrent ou le long du cour d'eau (s'il le permet), les derniers hêtres ou autres essences de l'étage montagnard laissent place peu à peu aux résineux de l'étage subalpin, la vallée s'ouvre et laisse entrevoir les majestueux sommets qui se parent parfois de couleurs orangés quand le soleil levant commence à éclairer les quelques névés qui subsistent de ci de là. Il est temps maintenant de rejoindre le torrent et de commencer la partie de pêche avant que le soleil ne soit plus haut et éclaire totalement de ces forts rayons la haute vallée dégagée. Pensez à la belle saison lorsqu'il y en a, à récolter quelques sauterelles lorsque sur votre parcours vous traverserez des prés ou pelouses. Vous les capturerez plus facilement lorsqu'elle sont encore engourdies par la rosée et la fraîcheur matinale. C'est un appât de choix qui pourrait bien vous sauver la mise lorsque les truites boudent vers ou teignes une fois le soleil bien installé. La pêche se pratique de l'aval vers l'amont en remontant le cour d'eau, ici peu d'arbres en bordures pour vous fondre dans le paysage et vous cacher, il faudra donc soigner son approche, ne pas hésiter sur certains coups à vous accroupir et toujours penser à éviter la projection de votre ombre dans le cour d'eau. Pour cela changez de rive quand il est possible de le faire.

Les premiers coups de lignes vous donneront des indications sur la tenue des truites. Commencez par prospecter les radiers en fin de vasques, souvent occupés tôt le matin par des belles truites. Prospectez les veines principales, les bordures, les amortis entre courant et bordures. Si le cours d'eau vous semble vide, vous n'avez aucune touches et vous n'avez aperçu âmes qui vivent, alors il est probable que les poissons soit cavés au fond de leurs caches. Ils voient peut être votre appât de loin, défiler à trop grande vitesse, peut être même un appât dont ils n'ont pas envie d'aller se saisir. Changez de méthode, alourdissez la plombée et prospectez plus lentement les bordures profondes, le devant des blocs submergés, la proximité de petits embâcles...changez d'appâts. Enfin ci après cela vous avez l'impression de pêcher un parfait désert halieutique, ne vous obstinez pas, et ne vous désespérez pas non plus. Réfléchissez auxéventuelles causes de cette absence d'appétit des truites, il y a forcément une raison. Peut être avez vous commencé trop tard la partie de pêche et un soleil trop fort d'un midi en été, dissuade les truites de sortir ? Un orage la veille n'a-t'il pas rassasié les truites ? De même qu'une pleine lune brillante toute une nuit permet souvent aux poissons d'en profiter et de bouder tout appâts le jours levé. Dans tout les cas, il est probable qu'à un certain moment de la journée quelques truites décideront de sortir de leurs caches et de se mettre un peu à table. Profitez pour faire une pause, et appréciez les paysages qui s'offrent à vous. Posez vous et tout en respirant à plein poumons laissez entrer en vous toutes ces senteurs d'humus mêlées aux doux parfums des résineux. Tendez les oreilles peut être entendrez vous le sifflement de marmottes dans un éboulis pas loin de vous ou encore en levant les yeux en direction des pitons rocheux apercevrez vous une horde d'Isards qui vous observez probablement depuis déjà un certain temps.

prévenez vos proches, conjoints ou parents et indiquez leurs le lieu exact de votre partie de pêche, ainsi que l'heure de votre retour.
– Pensez à prendre votre téléphone portable dont vous aurez bien pris soin de recharger la batterie pendant la nuit. En général en altitude (à moins de se retrouver dans un vallon très encaissé) on arrive à capter du réseau, en cas de signal faible il peut suffire à envoyer un SMS qui en cas de gros pépin pourrait vous être d'une grande aide.
– En montagne, le temps peut changer très vite. Pensez toujours à prendre dans votre sac à dos un vêtement chaud, ainsi qu'un imperméable utile en cas de pluie mais protégeant aussi du froid en faisant office de coupe vent.
– Prenez suffisamment d'eau et pensez à boire régulièrement, il se peut que votre esprit soit tellement subjugué par la beauté des lieux, captivé par la pêche et envoûté par les belles déesses des eaux cristallines que vous ne vous rendiez pas compte que vous avez soif et que vous vous déshydratez.
– Ne négligez pas le casse croûte du midi, vous êtes debout depuis très tôt, vous avez marché 1h à 1h30 avant de pêcher et cela fait déjà un bon moment que vous taquinez les belles zébrés tout en ayant parcouru une certaine distance et dénivelé, il est donc temps de faire une pause et recharger les batteries. Évitez donc le sandwich demi baguette jambon-beurre avalé vite fait avec une bière, une bière pourquoi pas mais mangez quelques choses de consistant et calorique, il faut encore de l'énergie pour l'après-midi.
– L'après-midi, si vous commencez à ressentir de la fatigue, que vous n'êtes plus aussi concentré en action de pêche, il est probablement temps d'arrêter. Ne vous laissez pas gagner par la nervosité, soyez raisonnables et pensez à tout le chemin parcouru, n'attendez donc pas le dernier moment pour décider de votre retour et devoir le faire dans l'urgence la tombée du jour approchant.

Enfin, si tout comme moi vous aimez le poisson et l'idée de déguster quelques truites que vous avez vous même pêchées ne provoque pas en vous un sentiment de culpabilité au point de croire que vous contribuez à l'appauvrissement en truite des rivières, ou pire encore, à la « destruction du milieu naturel » alors il serait dommage de s'en priver. Manger du poisson diminue le risque de maladies cardio-vasculaire, de plus, les truites d'altitudes ayant une croissance plus lente dans une eau de qualité et une nourriture des plus naturelles sont les meilleures. Quel bonheur, le soir même, une fois à la maison, de retour dans le « monde moderne » de prolonger encore un peu le plaisir en dégustant une de ces truites tout en vous remémorant ces belles images et instants gravés dans votre esprit, avant de petit à petit retomber dans le train train quotidien de la « vie civilisée ».


TRUITES EN PAPILLOTE : 


  •  Videz quelques truites de 23 à 30 cm, ne coupez pas la tête.
  •  Huilez légèrement à l'huile d'olive quelques feuilles d'aluminium suffisamment large pour y envelopper chaque truites individuellement.
  •  Posez vos truites sur les feuilles aluminium.
  •  Posez y dessus quelques tranches d'oignons, une feuille de laurier, quelques goutes de citron, salez et poivrez.
  •  Refermez les feuilles en enveloppant bien le tout et posez les papillotes sur un grill au dessus d'une bonne braise.
  •  laissez cuire 10 à 15 minutes, ouvrez, dégustez !

Fernand Cascales.