L'avancement des connaissances.

Les pêcheurs font avancer les connaissances génétiques sur les poissons d'eau douce

« Le programme GENESALM n'est pas un programme de recherche fondamentale mais de recherche appliquée, qui va avoir de nombreuses conséquences sur le terrain en termes de gestion des milieux aquatiques et de gestion des ressources piscicoles (...) » Bernard Breton secrétaire de la Fédération Nationale de la Pêche en France, en charge du programme GENESALM.

Trois ans de recherche permettent à la Fédération Nationale de la Pêche en France de cartographier pour la première fois les souches de truites en France.

C'est après trois années de travail que les pêcheurs de loisir, représentés par la Fédération Nationale de la Pêche en France (FNPF) et les pisciculteurs, au travers du Comité Interprofessionnel des Produits de l'Aquaculture (CIPA), aidés par les chercheurs du CNRS et de l'INRA, ont dévoilé la première cartographie des populations de truites françaises. Ce rapport final du programme GENESALM, a été rendu en octobre 2009.

La majorité des espèces des cours d'eau français sont connues des scientifiques et du grand public. Malheureusement les différentes souches composant une espèce le sont beaucoup moins. Pourtant entre deux poissons d'une même espèce mais de souches différentes, les particularités génétiques sont notables : couleur, morphologie peuvent être dissemblables !

La truite, poisson pourtant populaire, ne fait pas exception à la règle. Si la majorité d'entre nous a déjà entendu parler de la truite atlantique et de la truite méditerranéenne, qui connait l'existence de la truite atlantique nord et de la truite atlantique sud ? Qui sait que la truite méditerranéenne du Var porte une robe différente de sa cousine du Rhône moyen ou de celle vivant dans les Pyrénées Orientales ?

C'est ainsi que le programme GENESALM a mis pour la première fois en évidence 8 souches différentes composant la lignée méditerranéenne et 2 pour la lignée atlantique.

Les études concernant la lignée corse à grosses tâches seront quant à elles approfondies en 2010.

Le programme GENESALM concerne également la cartographie du saumon. Ces données ne sont pas encore disponibles.

« Ce programme constitue un tournant dans le domaine de la protection des milieux aquatiques.

« Le programme GENESALM n'est pas un programme de recherche fondamentale mais de recherche appliquée, qui va avoir de nombreuses conséquences sur le terrain en termes de gestion des milieux aquatiques et de gestion des ressources piscicoles. Tout d'abord en termes de gestion des ressources piscicoles auprès des 93 fédérations départementales de pêche et des agences de l'eau mais aussi auprès d'un secteur d'activité économique qu'est l'aquaculture. Malgré 100 ans de repeuplements qualifiés par certains d'anarchiques, les populations locales de truites là où elles existaient se sont maintenues. La politique de repeuplement va s'orienter vers la production de truites de souche méditerranéenne dans la région concernée et de développement de souches régionales là où les soutiens de population sont nécessaires pour maintenir une activité pêche normale. Quant aux endroits où la truite ne se maintient que grâce aux actions humaines, les repeuplements avec des poissons de qualité seront plus que jamais nécessaire », explique Bernard Breton, secrétaire de la Fédération Nationale de la Pêche en France, en charge du programme GENESALM.
Il faut savoir que les pêcheurs de loisir, détenteurs des droits de pêches des rivières françaises, doivent établir un plan de gestion piscicole. Ce sont eux qui restaurent les rivières et protègent les espèces, en partenariat avec les instances publiques (conseil Généraux, Régionaux, Agences de l'eau, communes…).
Le but du programme GENESALM ? Elaborer une stratégie nationale, contrôlable, qui permettra, selon les différents cas de figure, de restaurer les populations de truites en voie de disparition ou de rempoissonner les rivières pour la pêche de loisir dans le respect total de l'environnement. En effet connaître avec précision la répartition des différentes souches de truite dans l'hexagone, permet de mieux les protéger, mieux les gérer et surtout éviter les « pollutions » génétiques. Les pisciculteurs, quant à eux, adapteront les souches d'élevage en fonction des régions.
Le programme GENESALM permet également de savoir combien d'individus compte l'espèce, par région et par souche. Les données étant récoltées depuis une vingtaine d'année, les pêcheurs peuvent également connaître l'évolution de ce nombre.
Rempoissonner ? Ne pas rempoissonner ?
Toutes ces données du programme GENESALM permettent d'adapter la politique de restauration des milieux et de gestion piscicole des Fédérations Départementales pour la pêche et la protection des milieux aquatiques (au nombre de 93 en France). Les Fédérations Départementales qui regroupent les associations locales de pêche (3901 sur le territoire) peuvent gérer la population de truite de trois façons différentes : -Restaurer le milieu afin de favoriser naturellement le développement des populations piscicoles (en créant des caches à poissons, en évitant la prolifération des algues, en restaurant les zones de reproduction, les zones humides et en permettant la continuité écologique des cours d'eau…). Le rempoissonnement n'est alors pas nécessaire mais la connaissance du milieu et des populations de poissons qui le peuplent est essentielle ; -Réintroduire des truites grâce à un rempoissonnement adapté à la souche locale en s'appuyant sur la cartographie du programme GENESALM afin de restaurer un cours d'eau où l'espèce est présente mais trop faiblement pour se développer seule naturellement ;

  • Rempoissonner en vue de développer la pêche de loisir de la truite, tout en s'assurant que la population locale n'est pas impactée. Dans tous les cas, la priorité est la sauvegarde du milieu et des populations locales.

Quelles ont été les grandes découvertes du rapport GENESALM ?

carte de france par bassin versant

Le rapport du programme GENESALM constitue un grand bon en avant en termes de recherches génétiques : Il existe trois souches de truite différentes en France : atlantique, méditerranéenne et corse. De nombreux sous-groupes des lignées méditerranéennes et atlantiques ont été découverts. Ainsi il a été démontré la présence de deux sous-groupes
atlantique différents génétiquement l'un de l'autre : un groupe « atlantique sud » et un
groupe « atlantique nord ». Il apparaît que la truite méditerranéenne est davantage différenciée que la truite atlantique. De nombreux sous-groupe ont été mis au jour. Ces derniers se repartissent également en différents types, très localisés. Néanmoins trois groupes « Haut-Rhône », « Rhône moyen » et « Ouest » ont été répertoriés.

Cartographie Française des souches atlantiques et méditerranéenne de truite

Les associations de pêcheurs sont responsables juridiquement des pratiques de repeuplement, que ce soit pour la sauvegarde d'une espèce en voie de disparation, pour la restauration de populations protégées ou bien encore à des fins de pêche de loisir.
Les poissons d'eau douce sont généralement peu étudiés et par conséquent peu connues du grand public. Non seulement les analyses génétiques du programme GENESALM permettent d'approfondir les connaissances fondamentales que l'on porte sur une espèce d'eau douce en mettant en évidence les spécificités régionales de la truite mais permet également de mieux protéger cet animal emblématique de nos rivières.
La truite étudiée dans le programme GENESALM est la truite fario, plus communément appelée truite commune. La truite arc-en-ciel n'est pas concernée par l'étude. En effet, cette truite n'est pas un animal autochtone et a été implantée en France il y a de nombreuses années. Elle ne se reproduit pas avec les truites françaises et donc ne « polluent » pas génétiquement les rivières de l'hexagone.
Le programme GENESALM comprend 630 points d'analyse repartis sur le territoire, 26 rapports et 18 articles, basés sur les analyses génétiques des fédérations départementales depuis plus de 20 ans.

Source: fédération de pêche