Lacs des pyrénées

Texte et photo: Yoch

Une passion dévorante

Comment parler des sorties montagne à la pêche sans avoir des airs d'un certain François Pignon ? Voilà la question qui m'anime.
Au passage, vous remarquerez que j'ai parlé d'aller en montagne à la pêche, et non, à la pêche en montagne. Ce qui peut paraître un détail de vocabulaire, a pour moi tout son sens. Car je vais en montagne avant d'aller à la pêche, la pêche n'est que secondaire dans cette activité, et si demain, il n'y a plus de poissons dans les lacs, je continuerai à me balader dans les Pyrénées. Cette année, par exemple, l'une de mes meilleurs sorties s'est faite sur un lac qui était pourtant complètement gelé et où nous n'avons pas pêché. Mais le partage de cette sortie, la faune aperçue et le bonheur d'être là ont suffi à rendre cette journée mémorable.
Cela n'est pas anodin non plus car lorsqu'on va en montagne, il y a quelques codes à respecter (le bonjour), quelques précautions à prendre (matériel, météo) et quelques attitudes à connaître (le respect du silence, de la propreté des lieux).Ces valeurs sont mises à mal par une massification du tourisme lié à la pêche, c'est « in » d'aller bivouaquer et pêcher en montagne. Aujourd'hui cette pratique, à mon sens, aussi « endémique » que la palombe même si elle compte moins d'adeptes est en danger. Heureusement, il reste quelques gardiens du temple dont beaucoup fréquentent ce site. Pour les autres, je crois à l'éducation, l'éducation et encore l'éducation (avec les quelques coups de pieds au c.l qu'elle sous-entend).

Les lacs

Tout au long de la chaîne, vous trouverez de nombreuses dénominations ; lac ou gourg à l'ouest, étang (estany) à l'est… Chaque région a sa spécificité. Cela se retrouve d'ailleurs dans la configuration des lieux. J'ai eu la chance d'arpenter les montagnes de presque tous les départements de la chaîne (il ne me manque que la mecque : l'Ariège). J'aime les lacs mystérieux des Pyrénées Atlantiques, les lacs rares de la Haute Garonne, les lacs atypiques des Pyrénées Orientales ; on dit ceux de l'Ariège sauvages et inaccessibles.
Et ceux des Hautes-Pyrénées me direz-vous ? Ils ont peut être moins de typicité que les autres mais sont finalement un condensé de tout ce qu'on peut trouver dans les autres départements.
Et les bons coins ? Et bien à vrai dire, il y a ici peu de mystères. Depuis que les bergers ont lâché quelques truites dans ces lacs pour varier les menus durant les mois d'estive, c'est la main de l'homme qui assure la « pérennité » de l'espèce. Pour connaître, les meilleurs lacs, il suffit donc de regarder le bilan des rotations de l'hélicoptère. Mais là encore, si vous ne cherchez que le bon coin, c'est que vous n'avez pas saisi toute la portée de cette passion.

Les poissons

Les fédérations ont varié à l'extrême les espèces présentes dans les lacs pyrénéens. De quoi y perdre son latin pour beaucoup. Une dérive du tourisme pêche tout simplement.
Vous trouverez les mythiques cristivomers qui hantent les pêcheurs amateurs de sensation et de poissons records, les ombles chevaliers, discrets poissons de fond, les AEC (arc en ciel) qui ont même réussi à faire souche chez nos amis catalans, les saumons de fontaine qui sont un beau sauve-bredouille, et enfin la fario, reine en son royaume.

Les techniques

Ici point de querelles de clochers comme cela peut se voir sur nos Gaves et Nestes. Ceux qui sont là, ont eu le mérite de s'élever jusqu'ici, et par là, gagnent déjà le respect. Et puis toujours cette pêche qui n'est pas l'essentielle. De plus, j'y ai vu pratiquer d'innombrables techniques : buldo-sauterelles, buldo-teignes, nymphe à vue, streamer, sèche, bouchon + vif, mort manié, vers manié, cuillère, rapala, bombettes, et toutes sont efficaces selon le moment de la saison ou de la journée. Pas de grands calculs donc, utilisez ce qui vous sied le mieux.
Patience, opportunité et chance sont les principaux alliés du pêcheur en général mais ici plus qu'ailleurs.

Conclusion

Si vous vous décidez à goûter cette passion. Abordez ces lacs avec humilité et respect et vous verrez que la montagne saura vous rendre ce que vous lui avez donné. Elle occupera une place particulière dans votre vie. Pour moi, elle est avant tout un rêve car même si j'ai la chance d'y être près de 50 jours par an, ce qui peut paraître beaucoup, cela fait peu au regard des 365 jours que compte une année ; d'où le rêve et l'évasion. Quand vos obligations vous retiennent au milieu de la civilisation, d'un seul coup d'œil vous embellissez votre journée. Et puis, plus simplement que ces longs discours, si vous apercevez une troupe de joyeux drilles chantant, rigolant et festoyant ; approchez vous et vous aurez peut être la chance de partager quelques victuailles de chez nous et tout ce que je viens de vous raconter apparaîtra comme une évidence et restera graver en vous lorsque vous redescendrez…si vous redescendez.