La truite lacustre

La truite de lac, une sportive entre lac et rivière.

La truite lacustre partage son temps entre lacs et rivières, ou plus précisément vient se reproduire dans les rivières qui se jettent dans les lacs et qui l’ont vu naître. Elle a des besoins très spécifiques et des mesures sont prises pour surveiller ce migrateur.


Une petite présentation :


Salmo trutta lacustris est une sous espèce de la truite fario (Salmo trutta fario), elle lui ressemble d’ailleurs en de nombreux points, y compris sur des caractères génétiques. La truite commune (Salmo trutta) présente une importante diversité génétique qui se traduit, par exemple, par l’existence de 5 lignées ; Atlantique, Méditerranéenne, Adriatique, Danubienne, Marmoratus qui présente deux formes, sédentaire et migratrice, la truite lacustre appartient donc à la forme migratrice.

salmo trutta lacustris

Sa taille peut être considérable, jusqu’à 1.20 mètres, pour un poids de 15 kgs voir plus. En France, elle est présente naturellement dans les grands lacs subalpins, le Léman, le lac du Bourget, le lac d’Annecy et le lac d’Aiguebelette (présence). Les autres lacs qui abritent une population de truite lacustre ont été alevinés (Serre-Ponçon, Sainte Croix…).

 Sa répartition géographique européenne se situe à l’est, elle est représentée en rose sur la carte ci-dessous et correspond avec la répartition de la truite fario.

répartition de la truite lacustre en europe

Le petit îlot rose en France est donc minuscule, la truite lacustre serait présente dans ces lacs par isolement lors de la dernière période post- glacière, il y a 10 000 ans, elle serait donc la descendante  de formes amphihalines(1) de Salmo Trutta.

repartition truite lacustre

La présence de la truite lacustre en France est représentée comme ci-dessus, l’alevinage de certains lacs la dissémine un peu partout, à tort ou à raison… Mais il est intéressant de noter que son implantation originelle représente la plus faible quantité, c'est-à-dire en Savoie et haute Savoie.

Mode de vie :

La truite lacustre a un comportement pélagique(2) ; Son comportement territorial est moins poussé que celui de la truite fario, elle peut chasser en groupe, c’est même parfois une stratégie favorable à la recherche de proie pélagique, telles que les ablettes ou gardons. Elle est capable d’effectuer de grandes excursions pour la quête de sa nourriture qu’elle recherche lorsque la lumière n’est pas trop importante, donc les meilleurs moments sont l’aube et le crépuscule. En été, elle se tient à une profondeur comprise entre 8 et 16 mètres, alors qu’en hiver, elle évolue dans la couche supérieure entre 0 et 3 mètres. Tous les poissons sont très sensibles à ces changements de température et ne  se postent pas au même " étage " durant l'année. Pendant la circulation des eaux, au printemps et en automne, les poissons peuvent se trouver sur toute la hauteur d'eau, pour les périodes de stratifications, en hiver, les poissons se trouveront plus facilement vers la zone de la thermocline(3), au contraire, en été, les poissons resteront au dessous de la thermocline.

truite lacustre

Son régime alimentaire se compose de trois écophases(4) bien distinctes :

Phase rivière : premier régime alimentaire, très proche de la truite fario, il sera principalement composé d’invertébré, c’est le régime invertivore(5)
Phase lacustre : la première phase lacustre se situe sur le littoral pour les individus dont la taille est inférieure à 30cm, c’est la phase ichyo-benthophage(6)
Phase de lac pélagique : c’est à partir de la troisième année que la truite lacustre prend un régime ichtyophage(7)

La truite exerce sa pression alimentaire sur les ablettes, le gardon, la perche, d’autres salmonidés et les macro-invertébrés suivant la saison, les insectes peuvent constituer une partie importante des proies en été, la croissance devient alors très rapide. Par exemple, dans le lac Léman, un individu d’un an mesure 12cm, à deux ans 35cm, à trois ans 54cm, 67cm à quatre ans pour atteindre 70cm à 5ans, les individus dépassant le mètre après la cinquième année ne sont pas rares, la durée de vie estimée étant de sept à quinze ans.

Cycle de vie et migration de la truite lacustre

cycle de vie truite de lac

Reproduction et développement :

Pour se reproduire, la truite de lac a besoin d’affluents se jetant dans le lac et de frayères appropriées et fonctionnelles. Les conditions hydrauliques nécessaires sont les suivantes :

- Une lame d’eau de 20 à 60 cm

- Un courant de 0.25m/s à 1m/s

- Une température de 5 à 10 degrés

Tout comme son cousin le saumon, la truite de lac remonte sa rivière qu’elle reconnait de façon olfactive (ou homing), elle se reproduit sur la frayère qui l’a vu naître. Les femelles de trois (3+) à sept ans montent sur leurs frayères, quand aux mâles, ils remontent à partir de l’âge de deux ans (2+).

Le processus de reproduction est identique à celui de la truite fario qu’elle ne concurrence pas, les frayères des truites lacustres se situant sur la partie aval des rivières alors que la truite fario recherche les têtes de bassin. Les frayères sont en rapport avec la taille des géniteurs, les plus jeunes, donc les plus petites, feront leur nid dans un lit de gravier d’une granulométrie allant de 0.2 à 2 cm alors que les plus grosses n’hésiterons pas à frayer dans des galets d’une granulométrie allant jusqu’à un diamètre de 12 cm ! La taille des frayères dépend aussi des poissons, creusés entre 20 à 40 cm sur une longueur comprise entre 60 et 200 cm, Chaque femelle dépose ses ovocytes dans plusieurs frayères, entre 1/3 et 1/5ème, les femelles pondent environ 5200 ovocytes/ kilo de truite femelles. C’est une espèce lithophile(8) et les frayères se trouvent en queue deplace.L’incubation, l’émergence des alevins suivent le même processus que celui de la truite fario, à savoir : La période d'incubation varie en fonction du taux d'oxygène dissous et de la température de l'eau. Elle est d'environ 400 degrés jours (exemple : 40 jours dans une température à 10°). A la naissance, l'alevin toujours protégé par les graviers, se nourrit de ses réserves qui seront résorbées en 4 à 6 semaines. Dès lors, il émerge des graviers et monte en surface remplir sa vessie natatoire d'air, et se trouve en mesure de se nourrir seul et de se maintenir face au courant dans la traditionnelle nage stationnaire. Mais il lui faudra se protéger des prédateurs ; il a d'ailleurs peu de chance de devenir adulte puisqu'on estime qu'un seul couple géniteur survit à 800 ovocytes ! Après avoir passé entre un et trois ans dans la rivière, la truite lacustre dévale vers le lac, de nuit et de préférence en période de crues automnales. Un changement de robe s’opère alors, la truite lacustre perd ses couleurs de rivières et prend une couleur argentée, avec très souvent la perte des points rouge, caractères que l’on retrouve chez la truite de mer.

truite de lac
croissance de la truite lacustre
Croissance comparée de truites  du Léman et de truites sédentaire d’un affluent du lac, le Redon
(D’après Baglinière JL, Maisse G)

Son avenir…

L’avenir de la truite lacustre est très fortement compromis, il doit cette situation critique au manque de diversité des habitats nécessaires à son développement entre rivières et lacs, les aménagements sur les cours d’eau ou ruisseaux pépinières empêchent un fraie correct, c’est le principal facteur limitant à son développement, la production de juvénile restant très faible. La concurrence avec la truite arc en ciel (Oncorhynchus mykiss) est elle aussi un facteur limitant. Cette diminution du stock global de lacustre entraîne une augmentation de la population de gardon…

Le Lac du Bourget :

Un contrat du bassin versant du lac du Bourget et mis en place depuis 2011 et ce jusqu’en 2017. Il a pour but de suivre la population de truite lacustre et de production de frayères. La reconstitution d’une population opérationnelle, outre l’intérêt patrimonial halieutique, représenterait une avancée sur la restauration du milieu, autant pour le lac que ses affluents. Cette tâche est effectuée par la Fédération de Pêche Départementale de la Savoie. Le suivi des frayères et leur exploitation par les truites est marquée par GPS avec prise de photos, des pêches électriques sont effectuées sur le Sierroz, en plusieurs stations, avec pose de transpondeur sous la nageoire dorsale. Le soutien par alevinage en provenance du lac d’Annecy et du Léman s’effectue au moi de juin les alevins déversés sont marqués par coloration des otolithes(9).

Lac d’Annecy et du Léman :

Un suivi des truites lacustres est en place depuis 1998, avec la construction d’une passe à poisson et d’un système de piégeage. Des dysfonctionnements de cet ouvrage et le suivi incertain ou partiel des migrateurs ne donnent pas de résultats probants. Une nouvelle campagne de suivi débute en 2009/2010, sur la Basse-Dranse constituée par la confluence des trois Dranses, Morzine, Abondance et Bellevaux, à 3km de l’embouchure avec le lac Léman. Un total de 247 géniteurs a été capturé par ce piège, les truites lacustres ayant une moyenne de 67 cm. Il semblerait que le fonctionnement en éclusées de l’usine hydroélectrique de Bioge permette la remontée des truites lacustre pendant la période d’ouverture de la pêche en rivière, ce qui explique la prise régulière de ces poissons par les pêcheurs à la ligne.

N’ayant reçu aucunes réponses de la part de la Fédération de pêche de la haute Savoie ni aucunes depuis la Suisse, impossible d'avoir de sources sures et officielles des informations. Néanmoins, en Suisse, la truite lacustre est classée dans la liste rouge des espèces menacées, ils sont encore en avance sur nous...

Xavier HUDRY.



Glossaire

Ontogénétique : en rapport avec ontogénèse ; Développement de l'individu, depuis l'œuf fécondé jusqu'à l'état adulte. (Dictionnaire de français Larousse)

Amphihalines(1) : Les poissons migrateurs amphihalins appartiennent à des espèces qui sont dans l'obligation de se déplacer entre les eaux douces et la mer afin de réaliser complètement leur cycle biologique.

Pélagique(2)

Thermocline(3) : est la zone de transition thermique rapide entre les eaux superficielles et les eaux profondes. En lac, deux fois par an, une inversion de couche entre niveau profond et niveau superficiel font couler la couche superficielle au printemps et au début de l'hiver, permettant la survie des poissons près du fond

Écophases(4) : Étape du cycle reproductif d'un animal ou d'une plante pendant laquelle il occupe une niche écologique nettement différente de celle qu'il occupera ultérieurement. (Dictionnaire de français Larousse)

Invertivore(5) : Qui se nourrit de petits Invertébrés : Insectes, Crustacés, Mollusques.

ichtyo-benthophage(6) : Se dit des poissons qui se nourrissent des organismes vivants sur le fond.

Ichtyophage(7) : Qui mange essentiellement des poissons

lithophile(8) : Se dit d'un élément concentré dans l'écorce terrestre et fréquemment associé à l'oxygène. En ce qui concerne les poissons, ce terme s’applique aux espèces qui vivent dans un environnement relativement rocheux et qui ont besoin d’un substrat caillouteux pour se reproduire..

Otolithes(9) : L'otolithe constitue une particule minérale qui se situe dans le système vestibulaire de l'oreille interne.



Sources :

Laurent Madelon (photographe) http://www.laurent-madelon.com

Inventaire National du Patrimoine Naturel

Fédération de pêche de la Savoie

Fédération de pêche de Haute Savoie

Poissons des lacs naturels français Auteur : Olivier Schlumberger, Pierre Elie.

cartesfrance.f

tourismesuisse.com