La rivière, milieu à protéger

La rivière, un milieu vivant et complexe à protéger.

Les sources et les  eaux de ruissèlement pluvial se rassemblent pour former les ruisseaux, rivières et fleuves en formant des bassins versants. (cf:ICI). De cette réunion se forme ruisseau, rivière et fleuve.Lorsque nous voyons la rivière, seul l’écoulement superficiel de celle-ci est visible, il faut cependant savoir qu’un écoulement plus lent existe sous ces eaux de surface, c’est le sous sol de la rivière, c’est le milieu hyporhéique.

C’est la zone de contact entre les eaux superficielles et les eaux souterraines. Plus minéralisée et moins chargée en oxygène, elle reçoit des eaux de surface des matériaux organiques qui sont une source de nourriture pour les différents organismes vivants, invertébrés, bactéries qui vivent dans cette couche et contribuent au phénomène d’auto épuration de la rivière. Tous ces invertébrés sont caractéristiques de cette couche et ont une vie strictement aquatique, contrairement à ceux vivants dans le fond de la rivière, les invertébrés benthiques, qui passent par un stade aérien dans leur cycle de vie, ces larves sont d’ailleurs bien connues des pêcheurs….

L’eau est un excellent solvant, tout au long de son parcours elle dissout divers matériaux, naturels ou non, et se charge des différents sels minéraux ; calcium, magnésium, sodium, potassium etc., mais aussi de sels nutritifs tel que les phosphates, présents naturellement en infime quantité, mais que l’activité humaine à tendance à faire dangereusement augmenter. Ces excédants de phosphate, couplés avec les nitrates, conduisent à l’eutrophisation de la rivière, avec l’apparition d’algues brunes (diatomées), puis vertes (chlorophycées), et enfin brunes (cyanophycées).

 Les eaux courantes ont un fonctionnement particulier, il se déroule sur un plan (ou gradient) horizontale, contrairement aux écosystèmes terrestres, lacustres ou encore marin qui ont un gradient plutôt vertical. Ces eaux courantes, grâce à leur flux d’énergie, transportent divers matières organiques, (feuilles, débris, rejets…) utilisés par les champignons (1) et les bactéries qui les détériorent et par les invertébrés détritivores (ou décomposeurs) qui s’en nourrissent (gammares) qui eux même font partie de la chaine alimentaire et constitue une part importante de la nourriture des poissons. (cf. : http://www.truitesetrivieres.com/la-chaine-alimentaire)

La photosynthèse à un rôle très important dans les écosystèmes terrestre, lacustre ou marin,  mais dans le cas qui nous intéresse, la rivière rapide, elle ne joue son rôle que dans les portions ou l’eau est ralentie, permettant ainsi aux matériaux de se déposer et aux plantes de se fixer. Se sont donc principalement les conditions hydrauliques et la température qui sont les facteurs limitant, conditionnant la présence ou l’absence de certaines espèces en fonction du profil de la rivière. La nature géologique du substrat conditionne aussi la répartition et la colonisation du milieu, en fonction de la granulométrie (2), qu’il soit ouvert ou fermé (3). La truite colonisera par exemple un milieu aux eaux fraiches et biens oxygénées, pauvres en matière biodégradables.

Les différents facteurs d’implantation des plantes aquatiques dans la rivière sont :

La vitesse du courant: un courant trop fort empêche l’implantation de certaines espèces, cependant d’autres ont développée au cours de l’évolution des systèmes d’ancrages très efficaces qui leur permet de s’ancre grâce a leur racine qui profite de toutes infractuosités microscopiques des roches.
La nature des fonds : On n'observe pas de plantes aquatiques de type macrophytes dans les torrents à forte déclivité. Les fonds rocheux ou rocailleux ne leur permettant pas de s’y fixer solidement. Seules quelques espèces d'algues et de mousses parviennent à coloniser ce type de substrat. Ces mousses se fixent également sur des supports qui ne sont pas forcément totalement immergés, (comme par exemple dans une zone de rochers ombragée où règne un degré d'humidité suffisant) un peu à la façon de la mousse des bois.
·En revanche, dés que la pente diminue, le courant s'assagit et permet aux petits matériaux de se déposer (galets, graviers, sables et limons) constituant ainsi un sol sur le fond de la rivière où les racines de nombreuses plantes peuvent alors pénétrer profondément ce qui favorise leur colonisation du milieu.
 La lumière: Elle est un élément très important pour l'implantation ou l'absence de plantes aquatiques. Les ruisseaux qui coulent sous l'épaisse couverture d'un bois de sapin ou autre résineux par exemple sont très pauvres.
·D'un autre côté, une couverture ombragée, (de préférence de feuillus) freine la croissance anarchique des algues et maintient une fraîcheur favorable, particulièrement pour les juvéniles de truites très sensibles à l’élévation de la température et contraints d'occuper les zones peu profondes des bordures, donc en été souvent les plus chaudes.
La profondeur: En principe, dans une rivière, celle ci va en augmentant de l'amont vers l'aval et a aussi bien sûr une influence sur la répartition des végétaux en laissant passer plus ou moins de lumière, elle sélectionne la présence de certaines espèces.
Les nutriments: Une forte minéralisation (sels dissous) des eaux favorise la croissance des végétaux aquatiques.
·L'intérêt de tous ces végétaux résident dans le fait qu'ils contribuent à la diversité des biotopes (habitats), ils servent d'abri ou de refuge, de lieux de ponte à quantité d'invertébrés et, également selon leurs tailles, aux poissons en leur offrant une protection contre le courant ou contre leurs prédateurs.
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La diversité de toutes ces plantes, mousses et algues aquatiques offre autant d’abris et de refuge aux invertébrés, mais aussi aux poissons qui se sentent en sécurité et trouve leur nourriture facilement.

Le rôle de ces invertébrés dans la rivière est primordial, ils servent de nourriture aux poissons à tous les stades de leur développement, mais servent aussi de bio indicateurs, leur présence est signe d’une rivière en bonne santé. On observe quatre groupes distincts qui sont :

Les déchiqueteurs fragmenteurs : Ils s’attaquent aux débris organiques tombés dans l’eau, comme par exemple les litières de feuilles mortes, elles mêmes colonisées par des bactéries et des champignons qu’ils consomment en même temps, c’est le cas des gammares, certaines larve d’éphémère ou de trichoptère.

Les filtreurs : leur système de filtrage leur permet d’exploiter les menues particules organiques. Il s’agit là, de certaines autres espèces de trichoptères (avec ou sans fourreau), de diptères comme les simulies ainsi que de quelques mollusques.

Les brouteurs et racleurs de substrat : Cela concerne d’autres mollusques ou escargots d’eau (ancyles, limnées, planorbes), certaines larves d’éphémères (Baetis) ou de diptères (chironomes entre autres).

Les prédateurs carnivores : En font partie, les larves de libellules ou de sialis, ou certaines larves de plécoptères.

A travers ces exemples, on comprend bien l’importance de chaque organisme dans la chaine de la vie aquatique. Si une rupture de cette chaîne nous incombe, par exemple par une pollution, nous subirons indirectement les conséquences de cet acte: eau de moins bonne qualité, moins d’invertébrés donc moins de nourriture, et pour le pêcheur moins de truites ou ralentissement de leur croissance. Toutes interventions sur le milieu influe donc sur la biodiversité et bouleverse son équilibre.

Comme tous les autres organismes vivants, plante ou invertébrés, les poissons sont répartis différemment tout au long de la rivière, en fonction des exigences biologiques propres à chaque espèce. Pour la truite, qui a des exigences de températures, une demande en oxygène importante se trouvera dans la partie supérieur de la rivière ou même les torrents de montagne, alors que la carpe, brème ou encore brochet se trouveront dans la partie basse de la rivière, leurs exigences en terme de température et de dissolution en oxygène étant moins importante.

Plusieurs typologies sont proposées par les chercheurs pour la classification de diverses zones, la plus simple à comprendre est la zonation de Huet établie en 1954. il est admis en Europe de l'ouest de définir quatre grandes zones de peuplement piscicoles, qui se succèdent au long des cours d'eau.

- La zone à truite, typique à cette espèce, elle se situe à l’amont des rivières là où la pente est forte > à 4,5% et où la température estivale n’excède pas 17°c.

(A noter que sur certaines rivières à débit important et stable, alimentées par des sources très fraîches, et où la température estivale ne s’élève pas au dessus de 12°c  la zone à truite peut débuter sur des pentes plus légères, de l’ordre de 1%.)

- La zone à ombre se situe juste en aval de la précédente, dés que les pentes deviennent inférieures ou au plus égales à 4,5%. D’autres espèces d’eaux courantes*(rhéophiles) comme le barbeau et le chevesne y cohabitent avec l’ombre. La  truite bien sûr est encore bien représentée, la température de cette zone ne dépasse pas 22°c en été. (22°c étant la limite critique pour la survie des juvéniles de truite, la température létale est de 25° (mort des poissons))

Les deux zones précitées forment généralement vis-à-vis de la législation sur la pêche, la 1èrecatégorie piscicole, dite à salmonidés dominants, avec ses périodes spécifiques d’ouverture et de fermeture liées aux périodes de reproduction de l’espèce fario ou de l’ombre commun.

- La zone à barbeau lui succède et se caractérise par des pentes < à 1%. L’ombre y est encore parfois présent, une population résiduelle de truites peut y subsister à la faveur de quelques arrivées d’eaux fraîches (sources karstiques) avec une qualité d’eau maintenue, (la température y étant le principal facteur limitant pour elle).

 Le barbeau est ici l’espèce dominante avec le chevesne et la vandoise, le gardon, accompagné de quelques carnassiers comme la perche, le sandre, et le migrateur qu’est l’anguille (lorsqu’aucun obstacle n’interdit la remontée de cette dernière, comme un barrage par exemple).

- Enfin, vient la  zone à brème qui correspond à la partie la plus aval des rivières (hors barrages qui peuvent modifier les paramètres), c’est la zone des eaux calmes, où, hors période de crues, la rivière est assagie. La température estivale dépasse souvent 22°c, c’est le domaine des espèces dites eurythermes* (dont le métabolisme s’accommode de larges variations de température, ex : la tanche, le carassin, la brème, le poisson chat, etc.).

Ces deux dernières zones sont dites à cyprinidés dominants et constituent en matière de législation sur la pêche, la 2ème catégorie piscicole.

Si scientifiquement ces zones sont bien définies, il est évident que dans la nature il n’existe pas de frontière matérialisée, la répartition se fait naturellement en fonction des exigences métabolique propre à chaque espèce. Pour la truite, la zone de confort est remontée de plusieurs kilomètres au cours des dernières années, voire même plusieurs dizaines de kilomètres. La transformation du lit de la rivière (recalibrage, extraction), la coupe de la ripisylve pour établir des digues en sont les principales causes.

Le Pétsu

Avec mes remerciements à Jack Tarragnat pour son aide.

 Lexique:

(1) Champignons: Il existe en effet deux groupes de champignons aquatiques, les champignons parasites qui peuvent s'attaquer à des organismes vivants, comme aux poissons par exemple.

Le deuxième groupe est constitué par les champignons saprophytes ; ceux ci, comme la plupart de nos champignons terrestres, dégradent, consomment et "pré digèrent" en quelque sorte la matière organique morte (la nécromasse), les feuilles mortes, les déchets organiques divers.

Ce sont des champignons microscopiques bien sûr, mais leur taille ne doit pas faire oublier leur rôle important dans la chaîne alimentaire, puisqu'ils augmentent le taux de protéines des feuilles en décomposition, lesquelles sont ensuite consommées par les invertébrés détritivores, lesquels constituent ensuite une source importante de l'alimentation des truites et autres poissons.

 (2) Granulométrie: Elle correspond aux tailles respectives des éléments pouvant constituer le substrat. Cela va de la particule de limon ou de vase de 0,1 mm de diamètre aux énormes rochers de plusieurs mètres cubes, en passant par tous les stades intermédiaires: le grain de sable ø < 2 mm; les graviers de 2 mm à 2 cm; les galets ou cailloux de 2 cm à 20 cm; les blocs > 20 cm. et enfin les gros blocs ou rochers cités plus haut.

(3) Substrat ouvert, substrat fermé: Un substrat ouvert est constitué de matériaux, graviers, galets, blocs, dont les interstices ne sont pas colmatés offrant ainsi des espaces libres que les invertébrés peuvent coloniser.

Au contraire un substrat fermé est colmaté par des particules fines ou par du sable, ce qui détruit la colonie d'insectes privant les poissons d'une importante source d'alimentation.