Interview Jack Tarragnat

Jack Tarragnat

Pour débuter cette année, nous allons faire un peu plus connaissance avec un pêcheur de truite exceptionnel, doublé d’un journaliste halieutique de renommée.

Jack Tarragnat écume les rivières depuis de nombreuses années et ses divers tests sur le matériel en font  une bible dans l’évolution de celui-ci. Simple, disponible et toujours avec le sourire, c’est un pêcheur avec qui le plaisir d’échanger est grand, essayons de le connaître un peu mieux.

Le Pétsu : Bonjour Jack, tout d’abord, il serait bon que tu fasses une petite présentation.

J.Tarragnat : Je suis né en 1949 (j’ai l’habitude de dire : « dans la première moitié du siècle dernier » à Clermont-Ferrand (la ville du plus grand salon de pêche destiné à l’eau douce).

Par choix, pour la nature, et en particulier pour la pêche, Je réside en Aveyron depuis le début des années 70. La pêche pour moi est pour ainsi dire un mode de vie.

Le Pétsu : Comment as- tu débuté la pêche ?

J.Tarragnat : J’ai débuté dés l’âge de 4 ans, c’est ma grand-mère maternelle qui m’a d’abord appris à pêcher les vairons. Un peu plus tard et jusqu’à l’âge de 12 ans, j’allais régulièrement  pêcher dans l’Allier où je me régalais à faire des bourriches d’ablettes, de barbeaux et de hotus.  Ensuite durant toutes mes études secondaires, j’ai habité dans la creuse, très proche d’une belle rivière garnie de truites comme encore beaucoup à cette époque. Pour mon 13e Noël, j’ai eu une canne à mouche en refendu avec un moulinet et une soie. Je me suis mis aussitôt à monter mes mouches (et n’ai jamais acheté une mouche depuis). Les pêcheurs à la mouche étaient  alors peu nombreux et les informations sur le sujet assez rares. J’ai dû faire mon apprentissage tout seul, mais les truites elles, étaient nombreuses et j’ai sans doute appris beaucoup grâce à elles durant ces premières années.

C’est en arrivant en Aveyron que j’ai débuté dans la pêche au Toc dite moderne. J’ai toujours aimé bricoler le matériel de pêche et c’est tout naturellement  que j’en suis venu à monter mes cannes à fil intérieur moi-même ; d’abord en roseau, puis avec les matériaux modernes. Comme je suis perfectionniste (limite maniaque) je n’ai eu de cesse d’essayer de les améliorer. Après plus  de 30 années de pratique en la matière, je pense aujourd’hui être arrivé à avoir un matériel toc assez correct.

Sinon  globalement, je pêche la truite de Mars à Septembre et les carnassiers (sandres et perches en particulier) en lacs de barrage d’octobre à mars. Donc, 6 mois de chaque.

Le Pétsu : Basé dans la région Midi-Pyrénées, quelles sont tes rivières de prédilections

J.Tarragnat : Résidant à Millau, ville située au confluent du Tarn et de la Dourbie, ce sont ces deux  rivières  auxquelles je rends le plus souvent visite.

J’affectionne également le Cernon et la Sorgues (Aveyronnaise), deux rivières un peu plus petites qui offrent une pêche un peu différente des  grandes rivières.

Par nostalgie et pour la balade, je vais parfois revisiter des petits ruisseaux où les truites pullulaient il y a 30 ans, mais qui hélas ont subit les affres de l’agriculture « dite moderne » et n’ont plus qu’un peuplement disons le : résiduel.

Le Pétsu : Quelle est la technique de pêche que tu affectionnes  le plus, et surtout ce qui te pousse à la pratiquer.

J.Tarragnat : Pour ce qui concerne la truite, vous l’aurez compris au travers des lignes qui ont précédées, il y a deux modes de pêche que j’affectionne sans pouvoir les dissocier, ce [Jack Tarragnat] sont le toc et la mouche bien que le pourcentage de pratique se soit inversé au fil des années.

Jusqu’aux années 80,  je pêchais à 75% à la mouche ; 15% au toc et 10% au vairon manié. 

A partir de ces années 80, la pollution à commencé à peser et les truites ont commencé à se raréfier un peu, et surtout à avoir une activité de surface moins régulière  (j’aime surtout la pêche en sèche).

Aussi les tendances se sont inversées, même si aujourd’hui, ça s’est un petit peu rééquilibré, mais pour la mouche, j’essaie de  choisir les bonnes conditions pour maximiser ma sortie.

J’ai un profond respect pour les choix de chacun, mais, je n’aime pas la pêche à la nymphe à la roulette ;  pour plaisanter, j’ai l’habitude de dire qu’un pêcheur à la roulette « est un pêcheur au toc mal équipé ». Par contre, j’apprécie la nymphe à vue, mais elle ne peut se pratiquer partout et tout le temps.

Après une douzaine d’années d’interruption  de cette technique, depuis 4 ou 5 ans j’ai un peu repris la pêche au vairon manié, principalement quand les eaux sont très fortes et que la pêche au toc n’est pas agréable.  J’aime la pêche au toc par eau assez basse et claire, et si dans ma région, je ne devais pêcher au toc qu’un seul mois, ce serait entre le 10 juin et le 10 juillet.

Le Pétsu : Sur toutes tes sorties pêche, en as-tu une qui te reste gravée dans la tête et pourquoi ?

J.Tarragnat : Pour ce qui concerne la truite,  parmi la multitude de souvenirs il y en a deux entre autres qui me reviennent en mémoire relatant deux anecdotes assez rares : Une fois à la mouche en Dourbie j’ai pris deux truites de chacune exactement 49,5 cm sur deux lancers de mouche consécutifs  et sans bouger de place. Elles gobaient  à 1m l’une de l’autre.

L’autre petite histoire, c’est ma plus grosse truite (>70 cm) prise au toc, en 11/100 sur le Lot,  en seconde catégorie.  Je l’ai  prise deux fois à quinze jours d’intervalle ; la première fois, je venais de prendre plusieurs truites de taille « normale » avant de la toucher, aussi, n’ayant pas pris la précaution de refaire le nœud de mon bas de ligne, le combat s’est assez vite terminé en sa faveur, mais j’ai tout de même eu le temps de bien  la voir pour estimer que c’était un superbe  poisson.  Dans les 15 jours qui ont suivis, Je suis revenu 2 fois pêcher le poste sans la toucher ; la troisième fois fut la bonne,  avec toujours un bas de ligne en 11/100 (j’y tenais pour le fun) mais neuf.

C’était au mois d’août (heureusement),  j’étais en cuissardes, et elle m’a fait descendre plus de 200m de rivière  avec les cuissardes pleine d’eau avant que je puisse l’échouer  doucement pour pouvoir la décrocher.  C’était un magnifique bécard du Lot, je n’ai qu’un seul regret c’est de ne pas avoir eu ce jour là d’APN pour l’immortaliser ; depuis j’en ai un, mais je ne l’ai pas retrouvée  ni  aucune autre semblable.

Le Pétsu : Et enfin, que penses- tu de la législation Française concernant la pêche en première catégorie

J.Tarragnat : Il y aurait beaucoup à dire sur la législation actuelle de la pêche en général, c’est d’ailleurs un débat qui est d’actualité, mais je ne sais s’il ira au fond des choses.

Il est clair que, bien qu’elle apparaisse assez démocratique, la gestion de la pêche associative par des bénévoles telle qu’elle est actuellement est obsolète, bien qu’elle ait sur certains points fait beaucoup de progrès depuis l’embauche de techniciens compétents par des FD souhaitant faire avancer les choses.

Le problème, c’est que ces techniciens n’ont la plupart du temps qu’un rôle consultatif ils ne sont pas les décideurs et certaines vielles habitudes bien ancrées perdurent.

Le vrai et grand combat devrait être environnemental,  sur la qualité des milieux,  de l’eau, la préservation des habitats. Et là, on est loin du compte : En Aveyron qui  reste malgré tout un territoire privilégié de part sa situation géographique, ce sont des centaines de km de petits ruisseaux de première catégorie qui ont vu leur peuplement piscicole soit carrément disparaitre soit gravement péricliter.

Les causes principales : Les drainages des zones humides qui engendrent parfois un assèchement total de petits tributaires ou sur des ruisseaux plus importants une énorme réduction des débits d’étiage qui ne permettent  plus  une vie biologique équilibrée.  

S’ajoute à cela  une très  forte  érosion des sols due principalement aux pratiques agricoles dites « modernes » avec pour résultat le colmatage quasi irrémédiable de beaucoup de cours d’eau qui voit leur capacité d’accueil  pour les salmonidés réduite comme peu de chagrin, (colmatage des caches, colmatage de zones de frayères etc.), bref une longue litanie.

Différer la période de pêche : Quitte à faire bondir quelques impatients  (bien que je les comprenne) j’émettrais le souhait que la pêche en première catégorie ouvre 15 jours à 3 semaines plus tard de façon à ce que les alevins aient tous le temps d’émerger des frayères. La fermeture pourrait alors être décalée jusqu’à fin septembre sans incidence particulière pour avoir la même durée de pêche annuelle.

En effet, les frayères sont presque toujours  situées à l’amont immédiat des seuils  et, si les eaux sont basses à la mi-mars, beaucoup de pêcheurs inconscients des dégâts qu’ils commettent traversent malgré eux sur ces zones de gués.

Certains tuent sans doute plus de truites (potentielles) dans cette courte période là qu’ils n’en captureront durant toute la saison.

Le pétsu: Merci à toi pour ces réponses.

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