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De taille plutôt petite mais par l'esprit un géant, des mains d'exception
valant plus que de l'or,
Henri Soueix était un mage dans l'art de la fabrication des cannes à pêche
qui servent encore.
Combien de fois j'ai bu tes paroles, tes conseils subtils, parfois coquins,
mais qu'importe
Je te revois encore dans le magasin que tu avais crée où régnait curieusement
une odeur forte.
Tu as connu avec les grands noms de ton époque les années fastes du grand
délire halieutique
Où les bons pêcheurs faisaient les paniers pointus, c'était ces années là, la
seule éthique !
Malgré cela et je le comprends parfaitement, la biomasse des rivières ne
baissait pas du tout.
Ton temps de libre tu le passais à la pêche, tu avais raison, tu étais
l'artiste de bout en bout.
Jusqu'au jour où une maladie traîtresse ta handicapé, t'obligeant quasiment à
rester chez toi.
Toi qui as arpenté tant et tant de fois les berges des rivières tu restais
prisonnier sous ton toit.
Toi qui as touché un nombre incalculable de poissons, qui a vécu dans la
pêche toute la vie,
Tu m'as demandé un jour de t'amener 4 truites car les voir et les déguster tu
en avais envie.
Quand je suis arrivé, assis devant ta porte, tu as eu un sourire, le seul que
je n'ai jamais vu,
Tu savais que je tiendrais rapidement ma promesse et je t'ai tendu la boîte
en te disant salut.
Tu l'as serrée en regardant les truites et en répétant qu'elles étaient très
belles et très sauvages,
Tu as cherché ma main, tu l'as pressée fort et longtemps, j'étais gêné mais
suis resté très sage.
Tu me tenais par la main mais aussi par les yeux, ton regard passait des
truites à mon visage.
Tu parlais de tes parties de pêche d'hier quand tu étais valide, et quand tu
avais mon âge.
Tu me tenais par la parole, tu ne me lâchais pas, ta main non plus ne
desserrait pas la mienne,
Tu n'as même pas essuyé la larme perlant sur ta joue, toi si dur, si fier,
qu'à cela ne tiennes !
Ces instants m'ont paru une éternité, tu t'es confondu en de très nombreux
remerciements,
Et de mes qualités humaines et halieutiques tu n'as eu de cesse et de grands
compliments.
Je t'ai dit au revoir, partant loin, pendant un mois en congés, bien sûr à la
truite ma princesse.
Tu m'as dit de passer te voir dès mon retour, je te l'ai promis et j'ai
failli à ma promesse.
Il est vrai qu'en sauvage, pour me sortir du monde de fous je me coupe
pratiquement de tout.
J'ai passé, il m'en souvient, d'agréables congés, montagne, campagne et les
truites partout…
Égoïste, je n'ai donné des nouvelles qu'à mes parents et en allant te voir
quand je suis rentré,
Tu me l'avais demandé, j'ai su ta mort et pour la dernière fois je n'ai pas
pu t'accompagner.
Alphonse ARIAS
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