L'atlantique

La méditerranéenne

Le petsu m’ayant gentiment demandé de faire un pitit quelque chose à ce sujet, voici donc.
Autant prévenir de suite. Pas de méprise, je ne veux en aucun passer pour un
professeur… Tout ce que je vais écrire et montrer ne sont que des constations
de pêcheur ainsi que ce que m’a enseigné mon grand-père, qui lui, était un
professionnel de la nature. Et qui surtout, n’avait pas attendu que les «
scientifiques » accouchent d’une souris pour parler de pollution génétique, et
de constater il y a plus de 40 ans l’inefficacité des alevinages, même avec la
bénédiction du curé du village !
J’ai eu la chance de grandir et de pêcher dans un canton des Pyrénées
limitrophe au niveau du partage des eaux, avec 2 bassins versants. L’un atl, et l’autre méd. Ce qui fait qu’en quelques minutes de
voiture ou une heure de vélo avec du jarret, les deux souches étaient bien
présentes, et le sont encore, ainsi que quelques hybrides. Nous allons voir
leur différence au niveau du phénotype, uniquement en fonction de ce que le
pêcheur peut constater au bord de l’eau.
C’est aussi et surtout pour les djeun’s que je fais
ce petit torche-bale. Donc, que ceux qui savent déjà pas mal de choses à ce
sujet ne me tiennent pas rigueur…
En Pyrénées, les deux souches sont présentes.
- Atl pour les Pyrénées-Atlantiques,
Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Ariège.
- Med pour l’Ariège, l’Aude,
Pyrénées-Orientales.
Nous remarquons bien entendu que seul, un département hautement civilisé, c’est
à dire l’Ariège, possède les deux souches...
En ce qui
concerne les Alpes françaises, seule la souche med
devrait être présente en théorie. Donc, si vous piquez une atl,
vous savez que… Et j’en vois beaucoup sur le forum !
Le massif central, possède les deux souches, comme les Pyrénées.
Quelques moyens pour distinguer une fario
atlantique d’une méditerranéenne.
Ci-dessus, nous avons un exemple des 2 cas, donc. Mais attention, cet exemple
ne correspond pas toujours à la réalité rencontrée à la pêche. D’un cours d’eau
à l’autre, il peut y avoir de très grosses différences, le tout rajouté au
mimétisme de la truite, fonction du milieu dans lequel elle vit. Toutefois, on
peut généralement faire la différence entre les deux souches, dans la plupart
des cas.
- -Une med
a toujours plus de 8-10 points noir sur l’opercule, souvent plus de 15. L’atl dépasse rarement la dizaine. Ceci est un premier
indice du père Fourrat.
- -La ligne latérale d’une med est généralement peu visible, parfois carrément
absente, ce qui est très rarement le cas sur une atl.
- -Les points, rouges ou noirs
sont plus nombreux en règle générale sur une méd,
plus petits, ainsi que les auréoles blanches autour.
- -L’atl
a le dos souvent gris bleuté, avec les écailles bien visibles, qui sont
d’ailleurs les premières à partir lorsque touchées par la main du pêcheur
qui n’a pas pris le temps de se mouiller les mains.
- -La nageoire anale et les 2
ventrales sont souvent cerclées de blanc chez l’atl.
Ce qui arrive aussi chez la med, mais plus
rarement.
- -La caudale de l’atl est souvent cerclée de rouge, que personnellement
je n’ai jamais vue sur une med.
- -La med
a souvent 3 zébrures transversales, jamais l’atl
où elles sont plus nombreuses.
Quelques exemples pour illustrer :
Atlantique piquée au cuquet :

Med piquée
au cuquet

L’hybride
des deux (toujours même torrent)

Ce que l’on
trouvait autrefois dans l’aude. (med,
piquée par Matt)
Aucun point rouge.

Ce que l’on trouve actuellement très rarement, (aude, hybride à fort coté med)
Quelques rares points rouges, ligne latérale clairement visible.

Même cas d’hybride, (aude,
une femelle piquée par dédé. M’étonnes pas de lui,
tiens !)

Atlantiques prises à la sauterelle dans un pissadou. (Pays de sault) Noter
la caudale cerclée de rouge.


Et voici une truitelle douteuse, qui a certainement
grandie sur les lieux, mais qui est le cas typique du genre de robe que l’on
trouve un peu partout, et sur les deux versants.
Truite née en pisciculture, et atlantique. (Les danoises de nos anciens)

Ainsi pour ce type de truites atl,
certes sympas, mais impossible de savoir si… Car piquées sur un versant atl, et beaucoup de truites de nos Pyrénées leur
ressemblent.
Pour les 2 photos ci dessous, les cours d’eau sont distants de plus de 150
kilomètres à vol d'oiseau.
Douctouyre en 09 et Ourse en 65… Atlantiques bien
sûr, mais…
Ca sent furieusement le Danemark dans les 2 cas… Bien que les nageoires soient
là !


S’il est
assez facile de reconnaître une truite de souche atl
lorsque l’on pêche sur un versant med, (en piquant
une truite comme les deux dernières dans les alpes par exemple) et d’en
conclure que l’humain est passé par là, il n’en est pas de même sur le versant
atlantique…
En effet, la souche de pisciculture la plus utilisée est l’atlantique, les
fameuses danoises dont nous parlions plus haut, et qui ont été déversées dans
quasiment tous les cours d’eau de France et de Navarre. Bien que la plupart
d’entre-elles étaient stériles, certaines sont arrivées à se reproduire. Soit
avec les truites déjà présentes, soit entre-elles, lorsque le milieu ne
contenait pas ou plus de truites, par exemple.
Ne nous méprenons pas… Et ne prenons pas des vessies pour des lanternes non
plus.
Lorsque nous sortons dans une même journée plusieurs truites d’un torrent de
montagne de 5m de large (calcaire ou pas), et dont la source est à plus de
1500m (parfois moins dans le massif central) dans lequel le vairon n’arrive
même pas à vivre à cause du courant :
-grasses comme des moines, avec des nageoires !
-arrivant à dépasser les 30 centimètres.
Il y a comme un problème !... Pensez alors à ce que vous venez de lire… Car une
truite, bien que déversée à 6-9 centimètres, a acquis la boulimie en
pisciculture. La voilà, l’explication.
Nous-nous donnons bonne conscience en nous disant :
Elle est devenue sauvage, elle a grandi dans le milieu, elle l’a gagné. Donc,
elle y a sa place.
C’est pourtant faux. Elle y a sa place grâce à l’homme. La nature ne sera
jamais ses parents. Une truite née en pisciculture, même déversée au stade
d’alevin n’aura jamais le même comportement qu’une autre née sur les lieux.
Une solution très simple pour vérifier si une rivière est vivante :
Promenez-vous sur ses berges, en novembre, décembre, ou janvier, et… observez !
C'est là que l'on voir ceux qui aiment la rivière, et non pas ceux qui aiment
plier du carbone...
Si vous constatez que le spectacle est bien pauvre depuis quelque années, vous
saurez tout de suite ce que vous prendrez dès l’ouverture. De la salmo trutta pisciculturo.
En clair et pour les non latinistes, de la merde.
A bientôt, et qui sait, peut-être là ?

JFB, ou
Jeff, ou rock'n'toc