L’aquaponie de la truite, la salmoponie, une affaire de passionné.

L’aquaponie de la truite, la salmoponie, une affaire de passionné.
La truite fario est en voie de disparition, vous pouvez l’élever et peut-être la sauver…

truite fario

Comme vous, je connais cette envie irrépréhensible de regarder par-dessus la rambarde du pont en passant au-dessus d’une rivière, d’un fleuve ou d’un ruisseau ; que je sois passager ou pilote. Cela m’a valu de prendre un arbre sur une route sinueuse du bassin du Cher.
 
A cet instant, ou dessus de l’eau, on essaie en quelques secondes de lire le message de la surface des ondes. Eau courante ou grand plat de tous les fantasmes, clarté, déchets qui y trainent, et les mouchages. Et si on a le temps de s’arrêter sur ce pont, c’est un véritable scanner que l’on lance alors, point par point, reflet par reflet, poste par poste, en imaginant ce qu’il y a dessous. Cette première analyse instinctive nous conduit toujours à conclure s’il y a de la truite ou pas ; après, on passe au brochet, sandres et perches…ou même juste du poisson blanc. Dans ce dernier cas, on repart déçu, mais euphorique si on est sûr de la truite, peut-être d’ailleurs parce que l’on en a vu une. Et maintenant, avec les enfants dans la voiture, on se dit simplement qu’un jour on y reviendra plus tard ; et si j’ai 20 ans, forcément la canne dans la voiture, fiancée ou pas, on y va. Rien ne peut nous arrêter… « Aller… ! Juste un quart d’heure !... s’il te plait… », et si l’essai est concluant, on risque bien de proposer de dormir cette nuit pas trop loin...vous connaissez ?

C’est ce que je ressentais, enfant, à chaque fois que la voiture de mes parents s’arrêtaient au pied de leur maison de campagne en période d’ouverture. J’étais autorisé, à 18h le soir, à ne pas aider à décharger la voiture, mais avait presque ordre d’aller voir le ruisseau des Arphelises, 500m en dessous, tellement mes nerfs ne pouvaient plus me tenir. C’est un minuscule ruisseau, un ru qui se jette dans un petit affluent du Cher, le Boron, dans lequel j’irais le lendemain matin au premier rayon du soleil. Et là partout, même à 9 ans, je prenais des truites au milieu des sauterelles de juillets, des vairons, loches et écrevisses –celles qui ont disparues, et qui ont été remplacées par des américaines-. Je ne vous raconterai pas ma plus belle prise au vairon manié, ni les crises cardiaques manquées en même temps qu’une truite à la sauterelle en surface.  Dans ses rivières que je connaissais mètre par mètre sur 20 km, au milieu des champs particulièrement au temps des moissons et foins ; à l’époque, on les faisait grâce aux dizaines de mains des paysans alentours. Et, en ces temps, dans le monde agricole, le pécheur de truite était respecté de tous, en particulier des costaux chargeurs de chars de paille souvent gourmants, et chacun de nous sait pourquoi. Je n’aurais pas non plu à vous expliquer pourquoi, en aquaponie, il est préférable de mettre de la truite à tout autre carpe koï ou poisson exotique…en France.
 
A la campagne, à cette époque, le No-Kill n’existait pas, la truite, faisait partie du patrimoine et du régime alimentaire de choix du monde rural et urbain. Jusque vers les années 1950, on ne trouvait ni de bar, ni de dorade ou morue sur les étals des poissonniers. Les peuples du continent mangeaient le bon poisson local d’eau douce. A l’occasion des vidanges d’étangs, où tout le village venait s’approvisionner, en tournant chaque dimanche d’automne et d’hiver sur les pièces d’eau du canton : à 10h du matin, il n’y avait plus de poisson à vendre. Le reste de l’année, tout le monde connaissait un pêcheur capable d’approvisionner en grosse carpe, friture, brochet, plus rarement sandre et perche, et exceptionnellement en truite.
 
Vous comprenez qu’en vieillissant, le contact avec cette nature encore seine et vivante du début du XXème siècle s’est un peu distancé, mais il m’a toujours fallu des truites pas loin, chez moi, au milieu des quelques spécimens représentant la diversité des cours d’eau. J’ai tout essayé : en aquarium, en fontaine, en circuit fermé, et maintenant en aquaponie.
 
Sachez que la truite fario, celle de vos rivières a été déclarée en voie de disparition par une étude récente universitaire et du WWF (juillet 2017). Et dans les rivières de mon enfance, il n’y en a plu. Les vieux fins pêcheurs locaux ne prennent plus leur carte et pensent que la disparition de la truite est liée au « retour », ou plutôt la venue des écrevisses américaines, d’autres attribuent cela aux perturbateur endocriniens issus de la chimie organique, proche du vivant.
Toujours est-il que maintenant, en dessous de 600 ou 700m, on ne trouve presque plus de truites sauvages. Les pêches miraculeuses jusque dans les ruisseaux de 30cm de large et de profond ne peuvent plus se faire, elles ont disparues. Au nez et à la barbe de tout le monde, citadins et ruraux voient maintenant couler une eau vide, dénuée de vie, à leurs pieds. Et ceci sans que personne ne s’émeuve, tout en continuant de pleurer sur le massacre des poissons en mer, et tout en n’ayant rien à redire à voir de la dorade, morue et bar sur les étals des grandes surfaces. Il n’y a même plus la place pour la truite. Le continent mange la mer, la réserve de nourriture sur laquelle nous puisons depuis début aout, puisque la production de la planète pour l’homme est épuisée pour cette année encore, tout en laissant mourir les rivières, pourtant source première de protéines animales depuis la nuit des temps.

aquaponie

J’ai tout de même le plaisir de vous annoncer qu’il est maintenant possible d’élever de la bonne truite chez soi comme vous pouvez élever des poules. Disons même plus facilement. Sur 2m2, sur un balcon, une terrasse ou dans un petit ou grand jardin, vous pouvez avoir jusqu’à 10kg de truite et en produire 10 de plus, jusqu’à la taille portion. La technique est basée sur l’aquaponie (contraction d’aquaculture et d’hydroponie) qui exploite la symbiose naturelle entre poisson, bactérie et plante, pour purifier l’eau du circuit fermé. En l’adaptant à nos climats avec un minimum de technologie moderne : deux bacs de 300L isolés thermiquement, un filtre, pompe basse pression et consommation, et un petit refroidisseur pour aquarium d’eau de mer. Tout est détaillé dans Aquaponie : le Guide de Référence de chez rustica-Edition. C’est la salmoponie : contraction de salmoniculture et d’hydroponie ,Oui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il est possible maintenant d’élever de la truite, ou tout autre poisson, chez un particulier, en circuit d’eau fermé, donc sans source d’eau courante. Les pêcheurs et autres connaisseurs des poissons s’orienteront bien sûr vers la truite qui est la plus facile à trouver, mais également un poisson mythique et très robuste dès lors que la température de l’eau n’excède pas 24°C.

aquaponie

Oui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il est possible maintenant d’élever de la truite, ou tout autre poisson, chez un particulier, en circuit d’eau fermé, donc sans source d’eau courante. Les pêcheurs et autres connaisseurs des poissons s’orienteront bien sûr vers la truite qui est la plus facile à trouver, mais également un poisson mythique et très robuste dès lors que la température de l’eau n’excède pas 24°C.

Faute de temps pour aller au bord des rivières, j’écris cet article au milieu de mon installation salmoponique (l’aquaponie de la truite), comme au bord d’une rivière surpeuplé, avec ses odeurs, sa fraicheur, ses mouchages et sauts de truites. L’installation est devenue le centre du jardin, au milieu des cultures sur butte (très carbonnée), que l’azote de la riche eau aquaponique vient compléter en azote, un coin de nature complet avec son eau, sa terre, son feu et toute sa vie végétale et aquatique. 

livre aquaponie

François Petitet-gosgnach, pêcheur, inventeur, auteur de
« Aquaponie : le guide de référence », Rustica-Edition.