Action de la température sur l'eau

Comment agit la température de l'eau sur le milieu.
La quantité de truites fario et leur bonne santé dépend uniquement de la qualité du milieu où elle vit. Le bon état du milieu est régi par de nombreux paramètres. Le débit de l’eau et l’élément qui prévaut sur tous les autres. On comprend aisément qu’un fort débit toute l’année résout les problèmes de température, d’oxygénation, de pollutions diffuses, de nourriture …
Malheureusement nous sommes entrés dans une longue période de sècheresse qui n’est pas forcement irréversible mais qui nécessite de prendre certaines précautions en attendant des jours meilleurs.
Depuis 1980, les températures moyennes ont augmenté de 0,5 à 1 degré dans tous les cours d’eau. Le réchauffement climatique n’est tou­tefois pas seul a être mis en cause: Les rejets d’eau des industries, des stations d’épuration ou des cen­trales nucléaires, de même que les prises d’eau en période d’étiage, contribuent également au ré­chauffement des rivières.
Comment agit la température de l'eau
Oxygénation :(Dioxygène = oxygène dissout est une condition nécessaire à la vie des différentes espèces)
Les poissons n’ont pas les mêmes besoins en dioxygène. Comme la quantité de dioxygène dissous dans l’eau varie suivant les endroits de la rivière, ceci explique la répartition des poissons. La quantité de dioxygène varie entre l’amont et l’aval d’une rivière. Si on place une truite dans une eau pauvre en dioxygène, elle meurt. De même, si on place une brème dans une eau riche en dioxygène, elle meurt également.

De nombreux paramètres (la température, l’agitation de l’eau, la profondeur, l’ensoleillement…) peuvent modifier la quantité de dioxygène.

L'élévation de la température de l'eau rend le poisson plus actif et entraîne une augmentation de sa consommation d'aliments et ainsi de dioxygène.
Les températures basses favorisent la dissolution des gaz et à l’inverse les températures élevées la limitent. La teneur théorique maximale d’oxygène dissous dans l’eau est de : 11,25 mg/L à 10°C; 8,25 mg/L à 25°C. Il existe donc naturellement des variations annuelles et journalières importantes de ce paramètre.
La fonction biologique est perturbée dès que la concentration passe en dessous de 5 mg/L et des mortalités piscicoles sont à redouter en dessous de 3 mg/l. De plus, le processus de dégradation des matières organiques et de l’ammoniaque par auto-épuration naturelle nécessite une teneur suffisante en oxygène dissous. Les chutes rapides en oxygène nécessitent une adaptation immédiate et provoquent un stress violent. Des variations importantes d’oxygène dans l’eau, peuvent provoquer des mortalités de poissons.
Maladies:Un réchauffement prolonge la saison d’activité de l’agent pathogène qui ne se propage que lorsque la température de l’eau dépasse les 9 °C et n’entraîne l’apparition de la maladie qu’à des températures supérieures à 15 degrés.
La mortalité augmente aux différents stades de développement car les poissons stressés deviennent plus réceptifs aux maladies. L’une d’entre elles, la maladie rénale proliférative (MRP), apparue au début des années 80, progresse de façon inquiétante dans les cours d’eau. Chez la truite, les symptômes de la MRP n’apparaissent qu’en été, à une température supérieure à 15 ° C. En plus, la pollution des eaux favo­riserait le développement de la ma­ladie et les repeuplements accélé­reraient sa transmission, car les truites d’élevage sont souvent por­teuses de la maladie et moins bien armées que les poissons sauvages pour se défendre. Un argument de plus, s’il en manquait encore, pour offrir aux poissons les moyens de se reproduire naturellement.

L’ammoniac est la forme la plus nocive de tous les composés azotés pour la faune aquatique. Tout comme pour le CO2, les poissons éliminent l’ammoniac par la voie de la diffusion passive à travers leurs branchies. Si la concentration dans l’eau est trop élevée, les organismes ne peuvent plus l’excréter pour réguler leurs fonctions vitales (Person-Le Ruyet et Boeuf, 1998). Les effets varient en fonction de la durée d’exposition et de la concentration, mais il est possible de généraliser en affirmant que des concentrations aussi faibles que 0,06 ppm suffisent à endommager les branchies des poissons (McKee and Wolf, 1963). Les espèces les plus sensibles meurent dès 0,2 ppm


Dans la rivière les débris végétaux servent pour la nourriture des alevins mais leur fermentation produit de l’ammoniac et une élévation de température peut multiplier par 3 le pourcentage de l'ammoniac (NH3 + NH4+) qui se trouve sous la forme toxique (NH3).
Avec un PH de 6,5 à 10° si le taux d’ammoniac est de 0,06% il passe à 0,13% à 20°.
Une concentration d’ammoniac non ionisé d’à peine 0,13 mg/l a manifesté une toxicité aiguë pour la truite arc-en-ciel dans une eau de PH = 6,7.
Facteur de multiplication (%) pour le calcul en teneur d’ammoniac non ionisé :
La bonne température :Une élévation de la température peut être bénéfique pour les torrents de haute montagne en accélérant l’éclosion des larves et en allongeant la période de nourriture. La truite est un animal à sang froid et sa température interne, est liée à la température de l’eau. La température idéale se situe à 12°C environ ; plus on s'éloignera de la fourchette 11-13°C plus son activité se réduira.

Pour les œufs les températures extrêmes sont 1°C et 15,5°C. Les meilleures conditions étant entre 4°C et 10°C.

Pour la croissance maximale entre 12°C et 14°C.

La température létale de la truite fario est de 25°C maximum.

La reproduction :Une truite pond environ 2 000 oeufs par kilogramme de poids. La durée de leur incubation varie selon la température de l’eau: elle doit être en moyenne de 400° / jour, ce qui signifie que l’incubation durera 40 jours dans une eau à 10°C et 50 jours dans une eau à 8°C. L’éclosion donne naissance à des alevins qui puisent leur nourriture tout d’abord dans une poche, la vésicule vitelline. Elle se résorbera en un mois et à cet instant ils seront en mesure de s’alimenter eux-mêmes.

Ensoleillement et opérations d’entretien :Dans les régions de moyenne montagne l’ensoleillement réchauffe trop rapidement les rivières. L’éclairement, loin de “booster” la productivité va participer au réchauffement des eaux. Voila bien le premier danger de l’entretien de la végétation. Lorsque l’on connaît la fragilité de bon nombre de rivières à truites vis-à-vis de ce facteur température, on sait qu’un tout petit degré en moyenne de plus en été peut diviser par trois les quantités de truites, et l’on com­prend mieux l’effet néfaste de la pénétration lumineuse. Dans une rivière à truites ombragée, l’eau mettra 7 à 8 km pour se réchauffer d’un degré, dans une zone partiel­lement déboisée (après travaux d’entretien), il lui faut 3 km et dans un secteur totalement déboisé, seulement 1 km! Ainsi dans des tronçons de rivière déjà fragilisés, les opérations d’entretien de la végétation des berges auront pour simple effet de diminuer encore la zone à truites de quelques kilomètres, favorisant les chevaines et les goujons. Une rivière peu boisée peut passer de 15° à 18° en 3km et voire ses quantités de truites divisées par trois.

Plus la bande riveraine sera importante plus le ruisseau sera protégé du soleil des nitrates, azote, pesticides …
Réchauffement par les étangs :

Les relevés de température effectués à l'amont et à l'aval d'un étang, en été, montrent des différences de 10 à 12°

Le réchauffement de l’eau produit une évaporation importante.

La perte d'eau par le sol et l’évaporation peut être de l'ordre de 5 à 9 litres par seconde et par hectare.

QUE DIT LA LOI?L’arrêté du 27 août 1999 fixe des valeurs seuils pour la qualité des eaux de rejet, dans le cas de la création d’un étang. Le réchauffement des eaux de ruisseaux, en aval du rejet, ne doit pas excéder O, 50C, du l5 juin au 15 octobre. La concentration en matières en suspension doit être inférieure à 2,5 mg/I d’eau. L’ammonium, quant à lui, doit rester en dessous de O,1 mg/I d’eau.

L’eutrophisation :

L’eutrophisation ne se fait pas trop ressentir dans les ruisseaux. Seuls quelques diatomées indésirables perturbent la reproduction et engluent les galets. Par-contre les étangs déclenchent une eutrophisation par accumulation du phosphore combiné avec le réchauffement de l’eau. Les cyanobactéries (algues bleues, vertes…) se développent. Lorsque les conditions leurs deviennent favorables (température élevée, nutriments abondants, O² rare, etc.), les cyanobactéries synthétisent des cyanotoxines qui se libèrent dans le milieu suite à leur mort. Ces cyanotoxines sont particulièrement dommageables, voire même létales, auprès des poissons et des organismes vertébrés.
le Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) soutient que la concentration de phosphore ne doit pas excéder 0,02 à 0,03 ppm dans l’eau pour éviter l’eutrophisation accélérée. Les principales sources anthropiques dans l’environnement sont les rejets des égouts, les fosses septiques, les usines de filtration et l’agriculture. D’importants progrès ont été réalisés depuis les dernières années pour réduire les sources ponctuelles de phosphore dans les cours d’eau, si bien qu’aujourd’hui la principale source est l’agriculture. Ceci s’explique par le fait que les cultures intensives puisent d’importantes quantités de phosphore dans le sol, si bien qu’il est nécessaire de l’amender pour assurer des rendements optimaux année après année. Malgré les bonnes pratiques culturales, les sols agricoles ne retiennent pas tous et toujours l’entièreté du phosphore qui est appliqué, ce qui se traduit par des exportations vers les cours d’eau